Quatre mentor.e.s et mentoré.e.s font le point sur leurs de surprises, défis et croissance en temps de confinement

Par Jennifer Petrela, directrice de l’Accélérateur mentoral de Mentorat Québec

Il y a neuf mois, Mila lançait son premier programme de mentorat. La ville venait de fermer en raison de la Covid-19, les mentor.e.s et les mentoré.e.s n’avaient pas le droit de se rencontrer en personne et des milliers de personnes perdaient leur emploi. Était-ce une bonne idée d’aller de l’avant?

À l’époque, nous avons interrogé deux mentor.e.s et deux mentoré.e.s pour leur demander ce qu’ils attendaient du mentorat dans ces circonstances. Neuf mois plus tard, nous avons découvert s’ils avaient été surpris.e.s ou déçu.e.s par leur expérience et ce qu’ils/elles feraient différemment la prochaine fois.

Pierre-Luc St-Charles, mentor

« Mon but premier n’était pas de donner des conseils à ma mentorée, mais d’éliminer ses insécurités. Le syndrome de l’imposteur, le fait de ne pas se sentir à sa place dans un groupe, de ne pas penser qu’on a assez à apporter – ces inquiétudes sont plus répandues qu’on ne le pense, et une véritable écoute et un réconfort peuvent mener loin. »

« Chez Mila, ma mentorée était une femme racisée dans une industrie dominée par les hommes. Comme si cela ne rendait pas les choses assez compliquées, le mouvement Black Lives Matter a révélé des attitudes sur les relations raciales qui ont fait qu’il lui était difficile de se sentir chez elle dans son environnement de travail. J’ai été heureux quand elle m’a fait part de ces difficultés : en tant que tiers, j’ai validé ses préoccupations tout en l’aidant à s’orienter dans la politique du bureau. »

Lorsqu’on a demandé à la mentorée de Pierre-Luc de décrire son expérience de mentorat en cochant une liste d’avantages, elle les a tous cochés. Ceux-ci incluent non seulement les avantages typiques comme une meilleure compréhension des possibilités de carrière, mais aussi plus d’énergie au travail et une réaction plus positive aux commentaires. Comment Pierre-Luc réagit-il ?

« C’est fabuleux », répond-il. « Je dois dire, cependant, que le mentorat m’a appris autant, voire plus. Ma mentorée m’a exposé à des problèmes que je n’avais jamais eu à affronter moi-même : l’expérience m’a ouvert les yeux sur des expériences et des réalités auxquelles je n’avais jamais été confronté auparavant. Le changement de mon état d’esprit ne peut être quantifié, mais il y a quelques semaines, j’ai examiné un grand nombre de CV professionnels et je remarque que je les ai regardés différemment qu’avant. »

Gaétan Marceau-Caron, mentor

« Je m’attendais à apprendre de mon mentoré », dit Gaétan. « Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est d’apprendre tant de choses sur moi-même. Mon mentoré a pris nos réunions très au sérieux : il est venu avec des questions très profondes auxquelles j’ai rarement été capable de répondre à l’improviste. Plusieurs fois par week-end, ma conjointe et moi sommes allés faire une longue promenade ensemble et avons discuté de la façon dont je répondrais à mon mentoré lors de notre prochaine rencontre.

La vérité, c’est que je suis souvent prise dans le quotidien. Sans m’en rendre compte, je peux me laisser porter par les circonstances. En voulant répondre à mon mentoré de manière réfléchie et l’encourager à prendre des décisions à long terme, j’ai été obligé de réfléchir à ma propre trajectoire : ce qui me satisfait et ce qui ne me satisfait pas, pourquoi et comment je prends des décisions, ce que je veux pour l’avenir.  Au final, j’ai pris dans ma propre vie plusieurs mesures que je n’aurais probablement pas prises autrement, simplement pour mettre en pratique ce que je préconisais. » Wow! haha ça c’était un commentaire de ma part, je ne sais pas si on devrait l’inclure

Shalaleh Rismani, mentorée

« Le programme a répondu à mes attentes et les a dépassées, surtout pendant la COVID-19 », a commencé Shalaleh. « J’étais tellement excitée de rencontrer tout le monde à Mila, mais quelques jours avant que je ne doive déménager à Montréal, la pandémie m’a clouée au sol à Vancouver. Ma mentore m’a aidée à m’adapter à l’incertitude de la situation – elle m’a ouvert son réseau, m’a enseigné des techniques de gestion des tâches et m’a aidée à tirer le meilleur parti de la situation. »

« J’avais demandé une femme comme mentore », a ajouté Shalaleh. « Cela m’a fait tellement plaisir de la voir réussir dans sa carrière professionnelle. C’était aussi très agréable de voir comment elle se comportait dans sa profession. Nous n’avons jamais parlé explicitement d’équité, mais le fait de l’avoir comme modèle m’a rendue plus optimiste quant à mon propre avenir. »

« Ma seule critique porte sur l’interaction entre les mentoré.e.s : J’aurais aimé que le programme de mentorat  le facilite davantage. Je pense qu’une certaine richesse a été perdue. »

José Gallego, mentoré

« Participer à une relation de mentorat pendant huit mois était un engagement important, mais les résultats ont été incroyables », a déclaré José. « Mon mentor et moi nous sommes rencontrés toutes les deux semaines pendant une heure et je n’étais pas toujours sûr d’avoir de bonnes questions à lui poser. Mais mon engagement m’a obligé à prendre du recul par rapport à mon travail formel et à m’ouvrir à des questions plus fondamentales sur mes objectifs et mes valeurs. Cela m’a appris que parfois, le simple fait de se dévoiler – même si cela me met mal à l’aise – peut mener à des choses merveilleuses. »

Comme Shalaleh, José a estimé qu’une plus grande interaction entre les mentoré.e.s aurait permis d’améliorer le programme. « Une partie du fardeau d’être membre d’une minorité est que vous n’avez pas toujours une bonne idée de ce qu’est l’équité. C’est particulièrement vrai pour les introverti.e.s, qui sont moins enclin.e.s à parler de ce qu’ils/elles vivent », a-t-il déclaré. « La relation individuelle entre un.e mentor.e et un.e mentoré.e peut être fabuleuse, mais une séance de mentorat de groupe occasionnelle pourrait permettre aux mentor.e.s plus timides et à ceux ou celles issu.e.s de groupes sous-représentés de partager plus facilement leurs expériences. Les solutions auraient également pu être mises en commun ».

Le premier programme de mentorat de Mila s’est terminé en décembre 2020. Le programme était soutenu par l’Accélérateur mentoral, un programme de Mentorat Québec financé par le gouvernement du Québec. Une nouvelle édition débutera en mars 2021. Visitez la page web pour en savoir plus.

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